5 Kasım 2010 Cuma

Tutsaq Yazarlar(ımız)ı Unutmayalım!


Ecrivains Persécutés
15 novembre 2010 : journée mondiale des écrivains en prison
15 Novambr Uluslararası Tutsaq Yazarlar Günü

Tutsaq Yazarlar(ımız)ı Unutmayalım !

Sevgili Yurtdaşlar!
Bilindiyi üzərə; Novambr ayının on beşi Uluslararası PEN Dərnəyi (P. E. N club Internatıonal)nin girişimiylə, Tutsaq Yazarlar Günü olaraq adlandırılmışdır. Bu il də; Fransa PEN dərnəyi ilə l’Harmattan yayınevi’nin işbirliyiylə, Paris’in Le Lucernaire adlı görünç’ündə görkəmli bir “Gecə Göstərisi” (Soirée) düzənlənəcəkdir. Bu gecə göstərisinə çoq sayıda ünlü görünç (tiyatro) oyuncusu, çalğıçı, yazar, qoşuqçu, ayrıca Fransa PEN dərnəyinin başqanı sayın Sylvestre Clancier, 2000. ildə yazın (ədəbiyat) Nobel ödülünü qazanmış sürgün Çinli yazar, Gao Xingjians da qatılacaqdır.
Bu gecə göstərisi tutsaq yazarları anma, onların yaqınlarına tinsəl yülək (dəstək) olma, uluslararası dayanışma duyarlığını gücləndirmə, ayrıca PEN’in vazgeçilməz, ödün verilməz ana ilkəsi olan: basın, yayın, düşüncə ilə anlatım (ifadə) özgürlüyünü qoruyub savunma adına yapılır.

Mən Uluslararası P. E. N Dərnəyi (Fransa bölməsi)nin üyəsi olaraq, tutsaq Güney Azərbaycan yazarlarının olduqca çətin durumlarını “Tutsaq Yazarlar Komitəsi”nə, qapsamlı bir biçimdə bildirməyə çalışıram. Bundan başqa; yazar qoşuqçularımızı uluslararası qamuoyuna tanıtdırmaq üçün Vali Gözətən’lə birlikdə, kiçik bir çeviri öbəyi (guruhu) də oluşdurduq. Fransa PEN dərnəyinin üyəsi yazar, qoşuqçu, dilçi sayın Jeanne Gamonet’nin yardımıyla, bizə ulaşan qoşuqları Fransızcaya çevirdik. Bunlardan ikisi Fransa PEN dərnəyinin dərgisində yayımlandı.
15 Novambr Gecə Göstərisində də tutsaq yazar qoşuqçularımızı anma adıyla, Fransızcaya çevirdiyimiz qoşuqlardan bir neçəsi səsləndiriləcəkdir. Ayrıca bu Gecədə; sayın Jeanne Gamonet, Güney Azərbaycan üzərinə bir qonuşma da yapacaqdır.
Tutsaq yazarlar(ımız)ın tezliklə özgürlüyə qavuşması diləyiylə!
Yazar-qoşuqçu-Türkbilimci
Süleymanoğlu
Gecəmizə qatılmaq istəyən yurttaşlar öncədən yerayırtım (rezervasion) yapmalıdırlar:
Tel: 01 45 44 57 37
Adresse: 53 Notre-Dame-des-champs
Théâtre Le Lucernaire
Métro: Notre-Dame-des-champs / Vavin
Lundi le 15 Novembre à 20h

26 Eylül 2010 Pazar

A Monsieur Sylvestre Clancier le Président du P. E. N club international (section française)

Uluslararası Pen Club Dərnəyinin (Fransa Bölməsi) başqanı Sylvestre Clancier bəylərinə yazdığımız son bitik.

A Monsieur Sylvestre Clancier le Président du P. E. N club international (section française)
6 rue François Miron, 75004 Paris
                                                                                                  Paris le 20. 9. 2010

Monsieur le Président,

Nous, Jeanne Gamonet et Süleymanoğlu, membres du Pen Club section française, sommes très heureux de l’initiative que vous avez prise concernant une soirée au Lucernaire, à laquelle nous nous rendrons bien sûr.

Mais si nous prenons la liberté de vous écrire aujourd’hui, c’est pour vous informer d’un petit problème qui préoccupe sérieusement Süleymanoğlu, poète et écrivain d’Azerbaïdjan du Sud,
réfugié politique en France, qui a subi en Iran comme prisonnier politique des persécutions importantes de la part du régime perse islamique : auteur de 7 ouvrages publiés et de centaines de conférences et d’articles, doctorant en turcologie à l’Inalco de Paris, qui lutte sans relâche pour la liberté d’expression et en faveur des écrivains, poètes et journalistes d’Azerbaïdjan du Sud incarcérés de plus en plus fréquemment en Iran.

Nous avons tout d’abord écrit au Pen Club le 5 Juin de cette année à propos de la vague d’arrestations de dizaines de poètes, écrivains et activistes d’Azerbaïdjan du Sud en Iran.

Mme Barrière nous a répondu par un aimable petit mot qu’elle avait bien reçu notre courrier, puis M. Süleymanoğlu a rencontré lors d’une réunion au Pen Club le Secrétaire général qui lui a demandé de traduire en français quelques textes et poèmes d’écrivains d’Azerbaïdjan du Sud emprisonnés.
Depuis ce jour, nous avons traduit des dizaines de textes d’écrivains en prison en langue française, notamment de M. Akbar Azad, qui ont été publiés dans la revue du Pen Club.
Puis, nous sommes rentrés en contact avec M. Christian Deudon qui a semblé être extrêmement intéressé par la situation en Azerbaïdjan du Sud et surtout par celle des écrivains et poètes emprisonnés. Pour nous, ce fut une occasion inespérée de dire la vérité sur la situation de l’Azerbaïdjan du Sud en Iran.
Nous avons -entre autres- écrit le 9 Août un article intitulé « Azerbaïdjan du Sud, pays des prisonniers politiques », et plusieurs rapports concernant plus précisément les écrivains emprisonnés que nous avons adressés à M. Deudon, mais jusqu’à aujourd’hui nous attendons avec impatience légitime une réponse de sa part.

Entre temps, la santé de plusieurs prisonniers, surtout celle de M. Azad , maître de la littérature azerbaïdjanaise du Sud, s’est fortement altérée, notamment après des tortures, alors que certains écrivains incarcérés dans la même prison (à Tabriz) ont dû subir diverses tortures, en particulier par chocs électriques. Nous serions vraiment heureux de recevoir de la part de M. Deudon, qui semble très difficile à joindre,(bien qu’il nous ait donné son adresse, son téléphone personnel et son adresse mail) un petit signe nous indiquant qu’il a bien reçu nos courriers et messages et qu’il envisage de parler de nos amis incarcérés et de nous laisser lire certains poèmes fort poignants au Lucernaire.

Nous avons avec l’aide du poète et écrivain d’Azerbaïdjan du Sud en exil en Allemagne, M. Vali Gözətən, créé un site qui vous donnera tous les renseignements qui vous seraient nécessaires : http://tutsaqyazarlar.blogspot.com

Nous attendons avec confiance du Pen-Club une déclaration officielle qui condamne ce crime contre la liberté d’expression, surtout celle des écrivains qu’on jette en prison pour le seul crime d’avoir écrit dans leur langue maternelle des poèmes qui ne sont pas des appels à l’insurrection, même des poèmes d’amour….

Nous attendons aussi une réponse à notre demande du 6 Juin d’accepter que M. Akbar Azad, jeté pour la sixième fois en prison malgré sa maladie, comme membre d’honneur du Pen Club section française. Ce geste serait pour tous les Azerbaïdjanais du Sud une grande joie car M.Azad est à la fois écrivain, traducteur, journaliste, originaire de la ville d'Ardebil (Azerbaidjan du Sud), résidant à Téhéran. C'est un des fondateurs de plusieurs associations culturelles, par exemple "Association de la langue et de la civilisation". Il collabore activement avec les publications littéraires et culturelles d'Azerbaïdjan du Sud, surtout "Varlıq" et "Yarpaq".
A cause de ses activités littéraires il avait déjà été cinq fois emprisonné. Véritable défenseur des Droits de l'Homme, la dernière fois qu'il avait été incarcéré, c'était pour avoir été à l'origine d'une pétition demandant la libération d'un écrivain et traducteur arabe d'Iran (Yusuf Azizi Banitorof). Il combat pour toutes les minorités linguistiques qui se trouvent en Iran (Beloutches, Arabes, Kurdes, Turkmènes, etc.)
Voilà la raison pour laquelle nous vous suggérons de l'accepter comme membre d'honneur du Pen-Club International (section française) afin de rendre hommage à son courage et à son combat pour la liberté d’expression.

Espérant recevoir une réponse positive à nos requêtes et avoir peut-être l’honneur de vous rencontrer, nous vous prions, Monsieur le Président, d’agréer l’expression de notre profond respect.

Jeanne Gamonet (linguiste, poète, doctorante à l’Inalco, auteur d’un roman publié par les Editions Gallimard et d’une quantité d’articles sur la langue et la littérature rromani -tsigane-)
et Süleymanoğlu.

17 Eylül 2010 Cuma

İbrahim Raşidi (Savalan) ilə Seyid Heyder Bayat´dan çevirilər


İbrahim Raşidi (Savalan)

Ces deux poèmes de M. Savalan, poète d’Azerbaïdjan du Sud, que vous allez lire, ont été écrits en prison.


DANS LES YEUX DE MA PATRIE
(Ölkəmin Gözündə)

Je m’éloigne du rivage de la mer
Au loin
Tout nu, me promenant de mer en mer
En me baignant encore et encore dans les rivières
Adieu, la Terre !
Au dessus de ma tête le ciel de ma patrie
Tout bleu
J’ai nagé dans les paupières des yeux de ma patrie
Tout bleus
Les pierres de la mer sont bleues
Autant que mes yeux peuvent les apercevoir
Mais sur le visage du ciel j’aperçois le point lumineux du soleil
Et moi, dans les yeux de ma patrie,
Je ne suis pas le Ciel
Je suis heureux de ne pas être le Ciel!

La Terre est devenue jalouse du Ciel
Elle veut le faire s’écrouler sous ses pieds
Un jour le Ciel va s’effondrer.


JE T’AVAIS DEMANDÉ UNE PHOTO
(Səndən Bir Şəkil Diləmişdim)

Moi j’ai l’habitude de cueillir ce que j’aime comme on cueille une grappe de raisin

Tresse une corde qui pende dans votre jardin, ma bien-aimée,
Chaque matin, avant que ne se dissipe l’obscurité
Pends les lettres que tu as écrites, sensuelles,
Je viendrai les cueillir
N’envoie plus de lettres à la prison
Le khazi va les lire
Et chacun de tes mots sensuels deviendraient des bâtons
Pour l’instant laisse ces mots
O ma bien-aimée

Je t’avais demandé une photo
Tu m’avais dit « comment la désires-tu?»
Tu le sais très bien, mieux que moi
Ne me pose pas la question
-Mais- tes yeux ne doivent pas se remplir de larmes
Ne prends pas de roses dans ta main
Si tu le veux, disperse tes cheveux bouclés
Sur tes épaules,
Si tu préfères, tu peux les déployer sur ton visage
Ou alors natte-les
Mais ne t’assieds pas jambes croisées entre les fleurs
Ne t’assieds pas sur le divan dans la chambre

Ne te fâche pas, ma bien-aimée,

Regarde ce que j’aime derrière les barreaux de fer
Et prends ces barreaux dans tes bras
De suorie en sourie.



Seyid Heyder Bayat

CE PAYS
(Bu Ölkə)

Je sais bien que ta taille n’est pas assez grande pour que tu puisses me prendre dans tes bras
Tu n’es pas assez grande:
Les cordes avec lesquelles on pend dans ce pays sont trop longues

Elles ont été faites pour pendre tellement haut!
Lors de notre toute dernière entrevue
Tu n’auras pas pu me serrer dans tes bras
Car ta taille n’est pas assez haute


APRES LA GUERRE
(Savaş Sonrası)

Si c’est toi qui panses mes blessures,
La guerre ne me paraîtra pas si difficile

Mais je ne suis pas certain
Qu’après avoir gagné cette guerre,
Nous serons enfin joyeux.



ORNEMENT
(Bəzək)

L’étoile, c’était quelques mots
Je l’ai retrouvée dans une chanson ancienne
Mes nuits, disait ma mère, ne seront pas privées d’ornement
Car elle avait caché une étoile
Dans les chansons


LA FOI DE LA COLOMBE
(Göyərçin İnamı)

Le pigeon voyageur porteur de mes mots
Il savait bien
Que le printemps ne reviendrait pas vers moi


PERCEVOIR LE CORBEAU
(Qarğanı Duymaq)

La théosophie était arrivée à son terme
Le corbeau prenait son envol
Il fait tomber une crotte sur l’Asfar*
Dans une rivière plus malicieuse que le village de Kehek*
Il n’a regardé ni Balkh*
Ni Suhraward*
Il a croassé

Les pierres n’ont pas dit un mot
Ni les cavernes
Pourtant elles ont bien entendu
Moi aussi
Je me suis longuement demandé:
« Que disait-il, le corbeau? »

La pierre était la pierre
Et la caverne la caverne
Mais moi, je n’étais pas moi-même
Dans mes sentiments maquillés

Quand j’ai trouvé ta place vide
Mes sentiments souffraient
D’entendre le corbeau.


*Asfar : le fameux livre écrit en arabe par le théosophe iranien shi’ite Mulla Sadra Shirazi (mort en 1640) .

*Kehek : petit village près de Qom où était exilé Mulla Sadra Shirazi.

*Balkh : Ville natale du célèbre mystique turco-musulman Djelal aldin Mevlana Roumi (né en 1207, mort en 1273)

*Suhrawrad : ville natale (près de Zandjan) du célèbre théosophe azerbaïdjanais du Sud Shahab aldin Yahya Suhrawardi (dit « le Martyr » 1155- 1191), fondateur de la « Théosophie Orientale » qui avait été assassiné à Alep tout jeune, soupçonné d’hérésie.

Traduit du Turc azerbaïdjanais par
Jeanne Gamonet
Süleymanoğlu
Vali Gözətən

30 Ağustos 2010 Pazartesi

Si l’avocat ne peut plus être le porte-parole de la vérité, il n’est plus qu’une marionnette.



                                                                                             Paris, le 29. 8. 2010

A MONSIEUR DEUDON


Cher Monsieur,
Il y a quatre jours, nous apprenons que l’avocat Abbas Djamali, membre de l’association des avocats d’Azerbaïdjan du Sud à Ardebil, premier secrétaire de la Commission des Droits de l’Homme et avocat des prisonniers d’Azerbaïdjan du Sud, a été arrêté il y a dix jours, mais nous ignorons aujourd’hui le motif de cette arrestation, et ni sa famille ni ses amis ne savent dans quel lieu il a été incarcéré.


Cela nous amène logiquement à nous poser la question : qu’est-ce qu’un avocat?


Dans tous les pays du monde qui ne sont pas des dictatures, un avocat est tenu à un seul secret: le secret professionnel qu’il doit à son client. Il ne doit révéler uniquement que ce que son client l’autorise à dire.


Mais en dehors de cette obligation de réserve (vis à vis du client), la parole de l’avocat est totalement libre.


Déjà, dans l’Antiquité romaine, l’illustre Cicéron avait connu des tracasseries de la part du Sénat romain parce qu’il disait haut et fort la vérité. Déjà, à cette époque, il existait des gouvernements que la vérité dérangeait et qui tentaient de mettre un frein aux droits de la Défense, pourtant déjà reconnus formellement par toutes les Constitutions, les institutions du monde antique gréco-romain.


Et voilà qu’on arrête aujourd’hui en Iran un avocat connu, aux nombreuses responsabilités nationales et internationales.


Or le premier devoir de l’avocat est et reste la défense de l’accusé et le respect de la vérité.


Un pouvoir qui arrête un avocat est un pouvoir qui a quelque chose de grave à cacher. C’est un pouvoir qui craint la vérité.


Abbas Djamali a certainement été arrêté et mis au secret parce que ce qu’il risquait de dire était dangereux pour le pouvoir.


Il y a là une mise en cause d’un droit fondamental : le respect des droits de l’accusé, intimement lié à la liberté de parole de l’avocat.


Si l’avocat ne peut plus être le porte-parole de la vérité, il n’est plus qu’une marionnette.


L’avocat de la malheureuse Sakine Muhammadi, qui risque la lapidation, -tragédie qui est aujourd’hui connue du monde entier- châtiment barbare et préhistorique, a dû fuir l’Iran et se réfugier en Europe. Pourquoi? Pour avoir osé faire remarquer que sa cliente avait été interrogée dans une langue qu’elle ne pratiquait pas? Pour avoir plaidé l’iniquité d’une peine atroce qui ramène le pays qui la pratique des milliers d’années en arrière?


Les avocats iraniens se trouvent dans une situation effrayante. Ils ne peuvent plus clamer la vérité, ils ne peuvent plus invoquer le progrès de l’humanité, les Droits de l’Homme (même si cet homme est une femme).


Qu’est-ce que la mission de l’avocat est devenue en Iran?

Jeanne Gamenet

L’AZERBAÏDJAN DU SUD: PAYS DES PRISONNIERS POLITIQUES



                                                                                                       Paris le 9 Aoȗt 2010




L’AZERBAÏDJAN DU SUD: PAYS DES PRISONNIERS POLITIQUES




Si je ne brȗle pas,


            Si tu ne brȗles pas,


                      Si nous ne brȗlons pas,


                                Comment les ténèbres


                                         Mèneront-elles à la clarté...


                                                                                             Nâzim Hikmet






Lorsqu’on parle de l’Azerbaïdjan, on parle d’un pays coupé en deux depuis le 1828. Une partie, l’Azerbaïdjan du Nord, qui compte un peu plus de 8 millions d’habitants, est une république devenue indépendante en 1991, après la chute de l’URSS, et a pour capitale Bakou.

L’autre, l’Azerbaïdjan du Sud, qui compte plus de 30 millions d’habitants, a été incorporée à l’Iran. On l’appelle officiellement « Azerbaïdjan iranien »; sa capitale est Tabriz.

Depuis l’arrivée au pouvoir des Perses en Iran, -favorisée par les Anglais-, avec Reza Shah en 1925 (Le pays auparavant avait été gouverné depuis mille ans par les Turcs azerbaïdjanais) les langues non persanes (turkmène, arabe, kurde, beloutche, lori etc.) ont été officiellement interdites dans tous les domaines, administratif, éducatif, juridique, et de relations internationales.


Comme personne ne l’ignore, ce fut lors de la première «Révolution Constitutionnelle» de 1906 dirigée par les Azerbaïdjanais que le pays s’avança vers une organisation moderne: existence d’un Parlement, promulgation d’une Constitution, ouverture à la culture et à la littérature modernes.


Mais l’Azerbaïdjan était avant cette date un peuple résolument tourné vers la modernité: la première fois qu’une imprimerie s’ouvrit ce fut à Tabriz, au 19e siècle, ce qui entraîna une diffusion intellectuelle des livres et des pensées. Les premières écoles modernes s’ouvrirent (la toute première fut construite par Mirza Hassan Rüştiye). De plus, en 1945-46, l’Azerbaïdjan du Sud devint un Etat fédéral, qui ne survécut qu’un an, dans lequel pour la première fois après la Turquie dans le monde musulman, les femmes acquirent le droit de vote, et purent devenir éligibles à des fonctions politiques. La première Université moderne laïque fut construite à cette époque, les premiers théâtres dans le pays également (on y joua Shakespeare!) à Tabriz… furent entre autres manifestations un élan vers le monde contemporain.


Tabriz, étape incontournable de la Route de la Soie, fut le premier pont jeté entre l’Orient et l’Occident. (Les voyageurs français eux-mêmes appelaient Tabriz: « le Paris de l’Orient »).


Comme on le sait aussi, les véritables pionniers de la révolution de 1979 en Iran furent les Turcs d’Azerbaïdjan et les Perses disaient volontiers: « Jusqu’à maintenant, sans les Turcs, aucun changement ne serait envisageable en Iran ». Mais un aphorisme perse vit bientôt le jour dans la bouche d’un grand chef de l’organisation des Fedayiyins: « La langue officielle des prisons du Shah est la langue turque ».


Hélas, depuis plus de 80 ans, tous les Turcs d’Azerbaïdjan du Sud de toutes tendances politiques et religieuses sont contraints de combattre ensemble vers un but primordial : leur langue maternelle.


Voilà pourquoi ils furent les pionniers de la révolution de 1979 contre le régime du Shah.


Mais, malheureusement, après la Révolution, malgré l’existence de quelques mesures constitutionnelles qui permettaient à chaque région d’utiliser sa propre langue celles-ci n’ont jamais été appliquées. Le régime islamique a poursuivi la même politique que celle du Shah. En 1980-81 l’Azerbaïdjan du Sud révolté par toutes ces politiques d’apartheid, surtout contre le principe religieux du «Vilayat-i fakih», réclama la reconnaissance de ses droits naturels à parler et étudier dans sa langue maternelle.


Ce mouvement fut écrasé par les autorités perses (appuyés même par les soi-disant plus progressistes des non gouvernementaux comme le parti communiste Toudeh, les Moudjahidines et bien d’autres) qui défendirent le régime iranien perse, accusant les Azerbaïdjanais du Sud d’être des contre-révolutionnaires et des séparatistes.


Le mouvement national d’Azerbaïdjan du Sud, qui a commencé depuis 80 ans, s’est répandu, prenant une immense ampleur.


En 2006, les 22 et 23 Mai, un quotidien officiel d’Etat (qui s’appelait « Iran ») a stigmatisé les Turcs comme étant des « cafards ». Dans ce journal, un supplément destiné aux enfants présentait les Turcs comme des insectes sales et nuisibles, et un caricaturiste a même été récompensé tout récemment par l’organisation internationale des caricaturistes dont le siège est aux USA « pour son courage » en les insultant de la sorte; plus encore, ces dessins entraînaient les petits Iraniens perses à considérer les Turcs, non plus « comme des ânes » (comme jadis), mais comme des bestioles répugnantes à exterminer.


Contre ce journal d’Etat, d’immenses manifestations populaires se dressèrent en Azerbaïdjan du Sud mais encore aussi à Téhéran où vivent 5 millions de Turcs (selon les statistiques d’Etat).


Le 22 Mai, il ne s’agissait que de manifestations pacifiques, mais le 23 à Tabriz, Urmu et à Khıyav, le couvre-feu fut imposé et la police spéciale des « Gardiens de la Révolution » se lança à la poursuite des manifestants: leurs charges se soldèrent dans ces trois villes 8 morts, une dizaine de blessés et des centaines d’arrestations.


Depuis, l’Azerbaïdjan du Sud est devenu une véritable caserne, remplie de forces armées spéciales, les « pastaran » (Gardiens de la Révolution). Mais en souvenir de cet évènement, chaque année, le 22 Mai, les activistes, les intellectuels suivis par des foules de simples citoyens se réunissent pour commémorer cet évènement, et chaque mois d’Avril débute une vague de grandes arrestations pour faire échec à ces manifestations pacifiques.


Depuis 2006, chaque mois d’avril, afin d’empêcher ces commémorations dans tout le pays, des intellectuels, écrivains, activistes et aussi des personnes ordinaires sont arrêtés, surtout lorsqu’ils ont diffusé des bulletins ou des tracts rappelant les évènements en Azerbaïdjan du Sud.


QUELLE EST LA SITUATION DES PRISONNIERS AZERBAÏDJANAIS DU SUD AUJOURD’HUI ?


Nous avons tenté de vous informer. Monsieur Christian Deudon nous a demandé de parler au nom de tous les prisonniers.


Heureusement, une vingtaine d’entre eux ont été libérés en attente de leur procès, sous caution, mais une caution très lourde (et qui sera confisquée -avec d’autres biens- si la personne libérée est soupçonnée de continuer une activité politique).


De nombreux prisonniers sont encore incarcérés dans diverses prisons d’Azerbaïdjan du Sud et à Téhéran.


Par exemple, après que les chaînes officielles iraniennes perses aient diffusé pendant une heure fin juillet au cours d’un match de football des invectives et des insultes contre les Turcs, il y eut pire : lors des dernières manifestations qui éclatèrent le dimanche 1er Août à Tabriz, la police spéciale perse arrêta une dizaine de personnes -à notre connaissance- comme Daryoush İbadpour (Sönmez), dont nous avons traduit un poème.


Principaux écrivains, poètes et activistes connus arrêtés:


1) Ali Akhazade
2) Khulamriza Razmi
3) Ali Zamani
4) Nima Khanlı
5) Murtiza Süleymani
6) Akber Zamani
7) Muhammadtakhi Assadiyan
8) Ali Hakikatdjou
9) Muhammed Tadji


A l’heure actuelle, nous savons qu’il y a bien d’autres prisonniers incarcérés à Tabriz dans les locaux de la police spéciale.


PRISONNIERS DONT L’ETAT DE SANTE EST TRES PREOCCUPANT


1) Journaliste et poète Saïd Matinpour, lourdement asthmatique, condamné à 8 ans d’emprisonnement, incarcéré à Evine, célèbre prison près de Téhéran.
2) Akbar Azad, maître incontesté de la littérature et de la langue turque, qui souffre d’une grave maladie d’estomac avec hématurie, à Tabriz.
3) Ayet Mehralibeyli (Yürüş), dont la femme, Madame Zöhreh Faradjzade () a été arrêtée simplement parce qu’elle était allée rendre visite à son mari, depuis deux mois, alors qu’elle est mère d’un petit enfant de trois ans, Tatar (qui se retrouve sans père et sans mère). La sœur de Zöhreh, Hamide Faradjzade (Pınar) a été également arrêtée.


Et les personnes qui avaient pu visiter leur famille dans la même prison ont révélé par l’entremise des prisonniers qu’elles étaient venues voir que tous les trois y subissaient des tortures. (car elles pouvaient entendre leurs cris).
4) Younous Süleymani, jeune étudiant responsable d’un journal d’étudiants (Ildırım) de l’université de Hamadan, qui subit la torture, notamment par chocs électriques (si bien qu’il a été hospitalisé trois jours pour arrêt du cœur, -la famille ayant dû payer 2000 euros pour cette hospitalisation!-)
5) Dr. Latif Hassani, qui poursuit une grève de la faim dans sa prison depuis le 31 Juillet 2010.


Voici les informations confirmées que nous possédons aujourd’hui. (9 août)


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Quelques mots de Jeanne Gamonet, qui a lu ce rapport et désire vous en parler un peu.


Moi, Française, fille d’un Tsigane qui fut un grand résistant antinazi, membre (entre une quantité d’associations qui défendent les Tsiganes), du Pen Club et d’Amnesty International, ressens cette situation inhumaine, comme une énigme, car mon esprit ne parvient pas à réaliser quelle peut être la cause d’une telle barbarie, assortie d’un tel apartheid, assortis d’une telle inertie des défenseurs des Droits de l’Homme.


Même Madame Shirin İbadi, lauréate du Prix Nobel de la paix, ne s’est pas élevée contre tant de cruautés, tant d’acharnement alors qu’elle a (soi-disant) des ancêtres Azerbaïdjanais (elle est originaire de Hamadan).


Pourquoi tant de haine ? Y aurait-il un désir de vengeance des Perses contre les Azerbaïdjanais parce que ceux-ci ont jadis gouverné ce qui est aujourd’hui l’Iran ?

Je sais très bien ce qu’est la persécution d’une minorité, (alors que les prétendues minorités sont majoritaires en Iran), le culturocide que représente l’interdiction de sa langue maternelle : mes ancêtres gitans eurent les oreilles coupées par les soi-disant « rois Catholiques » quand ils parlaient la leur. Aujourd’hui, poursuivant des études acharnées des langues et civilisations orientales, j’admire l’Union Indienne sur laquelle nous pourrions prendre exemple, qui a inscrit dans sa constitution 24 langues dont récemment un idiome tribal.

Comment pouvons nous croire que nous vivons dans un univers civilisé, lorsqu’on torture une femme parce qu’elle s’est rendue dans la prison voir son mari ?


Comment ne pas mourir de honte lorsqu’on appartient à une espèce (je déteste le mot « race ») qui assassine des manifestants pacifistes ?


L’instinct de domination hystérique qui pousse des hommes à maltraiter, avilir, violer, frapper, tuer d’autres êtres humains parce qu’ils sont AUTRES, les rabaisse au rang d’animaux sauvages, bien que, me disait un jour un grand voyageur : « si tu passes à un mètre d’un lion qui n’est pas affamé, il ne te fera rien ».


L’écrivain, le poète, qui contemplent avec douleur et avec effroi ce monde de violence devraient être les transmetteurs non du progrès technique mais du progrès de l’âme.


Nous ne pouvons que combattre avec nos moyens non-violents et nos paroles désolées des comportements politiques qui mènent à la folie et à la déshumanisation.


Amis du Pen-Club, amis de tous pays, qui avez des yeux pour voir, sachez que les Azerbaïdjanais du Sud souffrent depuis longtemps non seulement dans leur corps, mais dans leur langue, la langue qui a toujours été la marque première de l’identité d’un peuple.

21 Ağustos 2010 Cumartesi

Le poète Mahboub Boudaqi a été condamné de nouveau à six mois de prison



La Guerre que mène le pouvoir iranien contre les intellectuels et les poètes d’Azerbaïdjan du Sud continue
                                                                                                                        
Köln, le 21. 8. 2010


A MONSIEUR DEUDON

Cher Monsieur,

Art et pensée sont-ils devenus chaque jour aussi dangereux que l’information pour le régime totalitaire de Téhéran?

Selon les dernières informations que nous avons reçues, sept nouveaux Azerbaidjanais du sud ont été condamnés récemment à des peines de prison pour avoir écrit, non pas des appels à l’insurrection, mais des textes en faveur des Droits de l’Homme, de la paix, de la liberté, de l’amour.
Le poète Mahboub Boudaqi avait été emprisonné à Khoy pendant trois mois; libéré au prix d’une lourde caution, son procès a eu lieu il y a quatre jours à Tabriz, avec plusieurs activistes pour «propagande contre le régime perse islamique». Procès digne du Moyen Age: pas d’avocat, pas de public.
Mahboub Boudaqi a été condamné de nouveau à six mois cette fois-ci. Avec lui six activistes pacifiques ont été condamnés aux peines suivantes:
- Hassan Abdullahi Cihani (Ümütoğlu), professeur de langue et littérature turque à six mois de prison

- Faraz Zihtabi, étudiant à l’université de Tabriz à six mois
- Habib Avaride, activiste à un an
- Mouhammedriza Hachimi, à six mois
- Hüseyin Asiyabi, à six mois
- Le journaliste Hassan Redjebzade, à six ans de prison
Penser, écrire, sont aujourd’hui des délits? Le but poursuivi par le gouvernement iranien est-il de rabaisser le cerveau des Azerbaïdjanais du Sud au niveau de celui des moutons?
Nous, citoyens de tous pays, sommes profondément révoltés par cette entreprise de bâillonnement.

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