13 Haziran 2011 Pazartesi

Akbar Azad, Saïd Matinpour, Sima Didar (Simay), Ibrahim Rashidi, Siyamek Koushi, et tant d’autres, l’ancien prisonnier politique Saïd Muğanlı...


Paris le 11 Juin 2011

A Monsieur le Président du Pen-Club International, section française

Arrestation du poète et journaliste Azerbaïdjanais du Sud (Iran) Saïd Muğanlı

Monsieur le Président,

Alors qu’une quinzaine de poètes, journalistes et activistes Azerbaïdjanais du Sud incarcérés en Iran comme Akbar Azad, Saïd Matinpour, Sima Didar (Simay), Ibrahim Rashidi, Siyamek Koushi, et tant d’autres, l’ancien prisonnier politique Saïd Muğanlı, a été de nouveau arrêté le 9 Juin à Yelsu près de la ville d’Ardebil dans la maison de ses parents. La police secrète iranienne s’est emparée de ses affaires (surtout de livres et d’écrits);

Saïd Muğanlı  poète et journaliste connu d’Azerbaïdjan du Sud, responsable d’une petite maison d’édition spécialisée dans la poésie, qui a déjà publié une cinquantaine de recueils de poèmes: de poètes modernes azerbaïdjanais, turcs, et européens, sans aucune aide de l’Etat, était rédacteur en chef de la revue littéraire “Yashmaq” aujourd’hui interdite.

İl avait déjà arrêté plusieurs fois pour avoir eu le courage de publier des livres dans sa langue maternelle, langue interdite comme toutes les langues non perses d’Iran Jusqu’à aujourd’hui, ni sa famille ni ses amis ne savent dans quelle prison il se trouve.

Monsieur le Président, le Pen-Club pourrait-il réagir à la situation des poètes, écrivains, journalistes, éditeurs azerbaïdjanais qui se font toujours arrêter sans véritable motif? Ces persécutions existent depuis si longtemps que le silence du Pen-Club pourrait, à tort bien sûr, être interprété comme de l’indifférence....Nous savons bien que ce n’est pas le cas, et c’est la raison pour laquelle nous vous prions d’exprimer publiquement votre indignation.

Merci d’avance de votre compréhension et sachez que nous serions ravis de vous  rencontrer prochainement.

Jeanne Gamonet, linguiste, écrivain, française,
Membre du Pen-Club fraçais, membre d’Amnesty international

Süleymanoğlu
Membre du Pen-Club Internatıonal
Membre de la Société Asiatique française
Azerbaïdjanais du Sud exilé en France

Ziya Sadr
Ancien professeur d l’Université Avicenne d’Hamadan
Historien, écrivain et chercheur
Azerbaïdjanais du Sud exilé en France

Mashalla Razmi
Ecrivain et journaliste
Azerbaïdjanais du Sud exilé en France

Vali Gözeten
Poète et écrivain
Azerbaïdjanais du Sud exilé en Allemagne.

27 Mayıs 2011 Cuma

A Monsieur le Président du Pen-Club international, section française


Jeanne Gamonet
3 ter, rue des Rosiers 7004 Paris                                                        Paris, le 25 Mai 2011

A Monsieur le Président du Pen-Club international, section française
A.Amnesty International


AKBAR AZAD, LE MAITRE DE LA LITTERATURE AZERBAÏDJANAISE DU SUD
DE NOUVEAU ARRETE !



Akbar Azad qui était depuis plus de neuf mois en prison à Tabriz, et avait été libéré il y a environ trois mois au prix d’une lourde caution (22.000 dollars US), coupable d’avoir simplement écrit dans sa langue maternelle, a été de nouveau arrêté le Vendredi 13 Mai 2011 dans la banlieue de Téhéran au cours d’une réunion d’étudiants qui commémoraient pacifiquement la « Journée des Etudiants ». Avec lui, sept personnes parfaitement innocentes ont été arrêtées, et jusqu’à aujourd’hui ni leurs familles, ni leurs amis n’ont pu obtenir de nouvelles

Ainsi que vous le savez, Akbar Azad, considéré comme un maître de la langue et de la littérature azerbaïdjanaise du Sud n’est coupable que de s’exprimer dans une langue interdite officiellement en Iran comme toutes les langues non persanes.

Et ce n’est pas la première fois qu’il se voit jeté en prison alors que ses oeuvres n’ont jamais constitué une insulte quelconque à l’égard du régime ou de la culture perse.

Depuis de nombreuses années, il a passé plus de temps en prison qu’au sein de sa famille.

La raison principale des arrestations d’écrivains, poètes, journalistes et activistes azerbaïdjanais du Sud, surtout lorsqu’elles surviennent lors des des mois d’avril et de mai est une manœuvre du pouvoir pour empêcher les Azerbaïdjanais du Sud de célébrer les jours des

Cela confirme hélas nos précédents courriers concernant les écrivains d’ d’Azerbaïdjan du Sud
Comme nous vous en avions informé, les 21 22 et 23 Mai 2006 sont des dates dramatiques : ces trois jours sont pour les Turcs d’Iran des journées de souvenir des martyrs tombés lors de manifestations pacifistes qui avaient eu lieu dans plusieurs villes d’Azerbaïdjan du Sud, s’élevant contre la politique raciste et chauviniste du gouvernement  depuis qu’un quotidien officiel d’Etat appelé « Iran », avait stigmatisé les Turcs de façon honteuse en les appelant des « cafards ». Dans ce journal un supplément destiné aux enfants présentait les Turcs comme des insectes sales et nuisibles.
Les manifestants ne désiraient que défendre leur honneur et d’obtenir enfin que leur langue soit reconnue comme une langue officielle dans laquelle ils pourraient écrire, étudier, et publier 

Ainsi que vous nous en avions informé, Madame Sima Didar, journaliste et poétesse d’Azerbaïdjan du Sud a aussi été incarcérée depuis le 8 Mars,
Et tout récemment nous apprenons l’arrestation et l’incarcération de :
Syanak Koushi, jeune journaliste d’Azerbaïdjan du Sud et écrivain
Ibrahim Rashidi, écrivain et poète d’Azerbaïdjan du Sud (sorti de prison il y a trois mois)
Avec une centaine d’activistes…..

Cette simple lettre pour vous tenir au courant de la vie que mènent les hommes et femmes de plume en Iran…

Jeanne Gamonet, française, membre du Pen Club français, écrivain, linguiste et poète
Süleymanoglu, réfugié politique en France, écrivain, turcologue et poète d’Azerbaïdjan du Sud, membre du Pen-Club français
Zya Sadr, ancien professeur de l’Université Avicenne d’Hamadan, historien, écrivain et chercheur d’Azerbaïdjan du Sud, exilé en France
Massalah Razmi, exilé en France, écrivain et journaliste d’Azerbaïdjan du Sud,
Vali Gözëten exilé en Allemagne, poète et écrivain d’Azerbaïdjan du Sud.

9 Mayıs 2011 Pazartesi

Sima Didar


Paris, le 9 Mai 2011

A Monsieur le Président du Pen-Club international français

Arrestation de la poétesse, journaliste Azerbaïdjanaise du Sud Sima Didar (Simay)


Monsieur le Président,

Alors que quinze poètes, écrivains et journaliste Azerbaïdjanais du Sud incarcérés en Iran, libérés sous une lourde caution (220.000 dollars américains !), coupables d’avoir écrit dans leur langue maternelle et qui attendent leur procès, Madame Sima Didar, ancienne prisonnière politique, a été de nouveau arrêtée.

Elle avait déjà été arrêtée en 2009 avec son mari, Monsieur Alireza Farshi, et ils avaient tous deux été condamnés à un an de prison pour avoir écrit dans leur langue maternelle. Leur peine avait été rédute à six mois parce que le père de Monsieur Farshi était un martyr de la guerre Iran-Irak.

Mais quelle est donc la raison de cette nouvelle arrestation ? Madame Didar aurait-elle écrit ou proféré des insultes ou des menaces à l’égard du régime ? Aurait-elle participé à des manifestations agressives ? Absolument pas. Son crime est d’être allée rendre une visite, le 8 Mars dernier, journée de la Femme, à l’épouse du journaliste et poète Saïd Matinpour, qui purge actuellement une peine de huit ans d’emprisonnement pour avoir écrit dans sa langue maternelle : le turc azerbaïdjanais.

La police secrète a arrêté Madame Didar et confisqué ses papiers. Ils ne l’ont libérée que plusieurs heures après ; puis le 16 Avril, alors qu’elle allait rechercher ses papiers à Tabriz, elle a été de nouveau arrêtée et envoyée dans une prison de femmes incarcérées pour des motifs de droit commun. Depuis, ni son mari, ni aucun membre de sa famille n’a pu lui rendre visite.

Nous nous permettons d’attirer votre attention sur cette arrestation scandaleuse d’une poétesse.


Jeanne Gamonet
Linguiste et écrivain
Membre du Pen-Club International
Française

Süleymanoglu
Turcologue, poète
Membre du Pen-Club International
Membre de la Société Asiatique française
Azerbaïdjanais du Sud exilé en France

Ziya Sadr
Ancien professeur d l’Université de Karac
Historien, écrivain et chercheur
Azerbaïdjanais du Sud exilé en France
Mashalla Razmi
Ecrivain et journaliste
Azerbaïdjanais du Sud exilé en France

Vali Gözeten
Poète et écrivain
Azerbaïdjanais du Sud exilé en Allemagne

Nous joignons à cette lettre quelques poèmes de Madame Sima Didar traduits en
français


  

Sima Didar (Simay)


La féminité que j’ai perdue
(İtirdiyim Qadınlıq)


Je cherche entre les assiettes brisées
Entre les tasses sales
Cette honte sombre que j’ai perdue
Où l’ai-je perdue ?
Depuis quelques secondes
Depuis quelques années
Peut-être au long des temps

Je m’interroge : peut-être ne la retrouverai-je jamais
Ma féminité que j’ai perdue …


Secret
(Giz )

J’ai connu dans tes yeux
Une fenêtre de la mer
Si tu ne fermais pas les yeux
Je me noierais.

Le Vide
(Boşluq)



Mon bonheur qui résidait dans le Vide
M’a invitée à boire
Un verre d’obscurité
Et je me sens heureuse.



Ne vous prosternez pas devant les bétyles
(Bütlərə Tapmayın)


Ils ont dit: « Ne vous prosternez pas devant les bétyles!
Nous avons notre propre Dieu ! »
Ils ont cassé tous les bétyles
Cependant, ils ont enchaîné Dieu.
Et maintenant, moi,
Je cherche
Pour le bébé affamé de mes yeux
Une mère bien-aimée

Qui dois-je implorer ?
Mon Dieu à moi
Il est prisonnier
Entre quatre murs.

17 Mart 2011 Perşembe

Altı Güney Qoşuqçunun qoşuqları Fransızcaya çevirildi

Fərrux Bəxtiyar, Isa Zeyni, Araz Qarabağlı, Yürüʂ Mehrali Bəglu, Zaman paʂazade, Ilqar müəzzinzada



Bɘxtyar Farrux

La lumière dispersée se cache dans les bras
(Qucaqlarda gizlənər saçılan isıq)

1.

Comment puis-je vous raconter ce que j’ai vu ?
Et ce que je n’ai pas vu ?
Vous devriez le voir.


2.

Un jour, je suis devenu la Lune
Ne me demandez pas ce que j’ai vu
Et ce que je ne suis pas parvenu à voir

3.


Ma pensée
N’offense personne
J’ai voulu tout simplement être moi-même

4.


Désormais l’instant devient
Monumental, ici
Dans le bras qui coule de notre époque fluide

5.


Où dois-je suspendre,
La cape
De mon apatridie ?

6.


J’étais avec mon Dieu à moi, là-bas
Mon Dieu a bu la cigüe
Puis il se crucifia
Puis on l’a assassiné avec des bougies-
Enfin il a été écorché vif,
Mais il s’éleva au dessus de la potence…

7.

Elle se cacha derrière le cache-cache
Je la cherchai de longues années
Je me suis fatigué dans les bras de mon rêve
Anéanti
Elle était cachée dans mes yeux.

11.


Sans dire :
Le printemps
     L’été
          L’automne
               L’hiver
Tu peux ouvrir la fenêtre de mon cœur
Soit avec gaieté
Soit comme une élégie
Tu arriveras à cueillir une brassée de fleurs piquetées de noir…


14.


Je suis un lion qui rugit
Dans l’harmonie de mon rêve
N’oublie surtout pas !
N’oublie pas que ce ne sont que des apparences.


17.


Dans la parole.

Je ne suis qu’un mot
Dans la parole…


22.


Il pleut.
Je parle avec mes mots

Est-ce la nuit qui est assise sur le banc de métal
De la dernière station ?

Mes soucis tout d’un coup sortent de ma poitrine pour espionner.

Il pleut toujours
Mes mots, pour se protéger de l’humidité
Pour ne pas être trempés
Commencent une bataille entre vie et mort :
Certains d’eux se perdent,
Certains autres meurent…

Hay ! hay !
Penser…je n’ai pas le temps
Serré
Mon être.



24.


Je suis devenu le verbe pleurer
Mais les larmes ne sont pas venues
Je suis devenu le verbe rire
Mais le rire n’est pas venu

Je suis devenu sans pleurs et sans rire.

Et enfin j’ai compris pourquoi.


30.


Mon cœur est orphelin
Devant les mauvais
Il cherche son désir parfois si on lui permet

Etre sans toi est une sorte de silence, en toi, avec toi
Malgré tout cela,
Cherche un chemin…




Yürüʂ Mehrali Bəglu

Au-delà d’aimer
(sevgi otesi)

L’amour est la source du bonheur
La fontaine de la beauté :
On le dit.
Si tu aimes, tu es heureux
Ce que tu aimes est beauté
Parce que l’amour est la racine du désir et du plaisir
Si tu aimes
Chaque instant est plaisir
Chaque instant a sa saveur
L’amour est le sommet de tous les désirs
Dans ce sommet on peut retrouver tous ces plaisirs
On le dit.

Mais moi, je suis très heureux, ici
Parce que j’aime ma mère, ma patrie, et ma bien-aimée
Je suis ravi, d’aimer mon enfant et mon pays

Vous allez me dire : aimer ainsi ce n’est pas difficile
Vous allez me dire encore, tout le monde aime de cette façon-là
Et aimer… ?

Je brûle
(yaniram)

Je brûle de te voir
Je suis devenu une braise pour toi, ô mon petit
Je suis tellement ardent qu’un instant me semble mille ans

Je ne serai jamais rassasié de te voir
Mon cœur dit comme un enfant : « Je ne serai jamais rassasié de toi »
J’ai tellement soif de toi
Chaque chose me fait penser à toi
Les mirages me trompent
Mais moi je ne me fatigue pas de ces mirages
Car ils sont les brûlures de mon cœur
Je reste la tête haute entre les mirages

On m’a dit « il y a une façon de t’extirper de cette brûlure,
Un chemin pour effacer cette brûlure pour toujours
Un chemin vers la fin de cette douleur »

A ce moment-là, toutes les brûlures s’apaiseront
A cet instant là toutes les douleurs disparaîtront
On m’a dit, on m’a dit : « Courbe la tête devant nous et dis
Ce qu’on t’ordonne de dire »

Mais ils ne savent pas, eux, si je me courbais,
Je finirais moi-même avec mes brûlures
Je veux finir moi-même avec tout ce que j’aime.

(Prison de Tabriz)

Témoignage de M. Yürüʂ Sa femme était emprisonnée elle aussi et leur petit Tatar
de trois ans n’a pas pu avoir de visite de ses parents pendant neuf mois.
M. Yurus est un poète spécialisé dans les poèmes pour les enfants…
Voyez un exemple écrit en prison, dédié à son fils et à tous les enfants :


Oh les enfants, oh les enfants…
(Uşaqlar ay uşaqlar)

Oh les enfants, oh les enfants
Venez ici, il y a un oiseau
Il ne marche pas, il ne court pas,
Ses ailes ne s’ouvrent pas.
Pourquoi ?
Ses ailes sont cassées,
Ses pattes sont brûlées
Venez, les enfants, on va aider cet oiseau
On va mettre des crèmes sur ses pattes
On va panser ses ailes
On va le garder jusqu’à ce qu’il guérisse
Et puisse manger, et boire, et chanter
Et puisse s’envoler de cette cage
Et pour cela il lui faut la force de la casser
Cette cage, sa prison,

Oh les enfants, oh les enfants
Chantons ensemble
Que la cage se brise
Que ce qui casse les ailes devienne sans ailes
Et ne voie jamais le visage du ciel
Oh les enfants, oh les enfants, au secours !

(Dans la cellule de la prison de Tabriz)


Araz Qarabağlı

Le petit Tatar, le fils de Yurus
(kiçik Tatar’a sunulur)

Moi je suis le fils des montagnes.
Je suis Tatar, je suis Turc
Vous savez, moi j’ai mangé le cœur d’un loup.
Moi, j’ai dit « Œil pour œil »
C’est ma mère qui m’a éduqué
Elle m’appelle « Tatar ».
J’ai grandi peu à peu
Et je suis arrivé au Ciel.
J’ai cueilli une étoile, et un morceau de la Lune
Je les ai assemblés tous les deux
Et j’en ai fait mon drapeau dans mon cœur.
Cela sera pour mon peuple un out petit cadeau pour moi,
Moi je dis toujours : « l’étoile, la Lune »
Moi je dis toujours « l’étoile et la Lune » :
Qui peut résister devant le Ciel
Je m’appelle Tatar.

(poème écrit par Araz Qarabagli, dans sa cellule de la prison de Tabriz,
et dédié au petit Tatar)


Isa Zeyni

Seulement, ton ombre va dire « bon voyage » à ton corps
(Yalnizca kolgen yola salar govdeni)

1)
Tu es assise dans la voiture,
Et moi,
Je me multiplie

(Chaque matin très tôt,
Entre deux miroirs
Miroir blanc
Miroir noir.)

…Je conduis comme un fou !
Sans regarder devant moi
Ne cille pas
…Sinon nous allons mourir


2) Un ghazal dédié aux prisonniers
(Kefin olsun!)
Un jour on va me mettre des menottes, que ce soit ma fête !
On m’enverra à la prison comme un cadeau, que ce soit ma fête !
Derrière moi ma nostalgie percée va remplir les creux
Dans mon ombre, la mort va danser une danse vive, que ce soit ma fête !
Une peur de la mort est venue, et le cercueil du destin a ignoré
Avec la balle c’est la vie qu’il va envoyer, que ce soit ma fête !
Moi je brûle, la blessure de mon peuple, avec la frustration
Dans ma poitrine, ici, va naître l’aurore, que ce soit ma fête !
A la santé de mon peuple, je bois la douleur et je deviens ivre
Le sang va tacher ma ceinture, que ce soit ma fête !

Ô toi, qu’est-ce donc que cette mélancolie ?
Je cherche la lumière dans cette lucarne étroite
Le jour, le soleil aura beaucoup de branches ! Que ce jour là soit ma fête !

(Ghazal moderne de style classique écrit dans la prison de Tabriz)


Zaman paʂazade

2)
(iki)
Pour deviner à qui étaient les mains qui m’ont bandé les yeux
J’ai récité un par un
Les noms de tous mes amis proches

Quelques heures plus tard…
Tous ceux dont j’ai récité les noms
Je les ai trouvés avec moi dans la prison.

3)
(üç)
Jette les pierres magnétiques
Arrête les de ton index…
Moi je suis de là-bas !
N’oublie pas
Mon nom est : «Homme »



Ilqar müəzzinzada

La Facture
(Qəbz)

On m’a mis les menottes. Mais pourquoi ? Quelle est la différence entre moi et celui qui apporte les factures du téléphone ? Hé ! Lui, il facture les dettes des gens de la part de l’Etat dans la journée. Mais moi, je distribue des factures: ce que l’Etat doit aux citoyens.


La différence entre moi et Newton
(Niyoton ilə Mən ayrımı)

Newton était aussi un mec, toi aussi. Mais il y a une différence entre toi et lui : Newton a découvert l’attraction terrestre lorsqu’une pomme lui est tombée sur la tête. Mais moi, je suis tombé mille fois dans ta tête, et ce ne fut pas une découverte.



Choisi et traduit du turc azerbaïdjanais par Jeanne Gamonet et Süleymanoğlu

20 Şubat 2011 Pazar

A l’occasion du 21 Février, Journée Internationale de la Langue Maternelle

A Monsieur le Président du Pen Club Français


A l’occasion du 21 Février,
Journée Internationale de la Langue Maternelle
(Culturocide de l’Azerbaïdjan du Sud en Iran)

Comme vous le savez, cette journée a été déclarée officiellement par la Conférence générale de l’UNESCO en Novembre 1999. Elle est célébrée depuis 2000 pour promouvoir les quelques 7.000 langues de la planète. Cette journée constitue une opportunité de mobilisation efficace en faveur de la diversité linguistique et du multilinguisme.

Après 1.000 ans, pendant lesquels les Turcs Azerbaïdjanais ont gouverné l’Iran, en 1925 Riza Khan arriva au pouvoir avec l’aide des Anglais (grâce à un coup d’Etat), et de cette date jusqu’à nos jours, une ethnie minoritaire appelée «perse», a officiellement interdit toutes les langues non persanes : turc, turkmène, arabe, beloutche, kurde, louri etc, en «Iran» aux niveaux de l’éducation, de l’information, de l’administration, de la culture. Mais, depuis cette date là, jamais un intellectuel, un écrivain, un journaliste, un défendeur des Droit de l’Homme perse n’a pris position contre cette discrimination qui est un véritable culturocide. Ce n’est pas là le pire: les écrivains, les intellectuels, les journalistes perses étaient souvent plus racistes, plus «aryanistes», que le régime lui-même, et cela jusqu’à nos jours.

C’étaient des écrivains et intellectuels perses qui proposaient l’instauration de camps de détention en arrachant les enfants turcs et arabes d’Iran à leurs familles pour les «persisers». Ce projet pernicieux n’a pas encore été réalisé pratiquement mais il a été remplacé par une vaste politique d’assimilation qui ne dit pas son nom (surtout à l’école, relayée par les media).  Le régime perso-islamique au pouvoir aujourd’hui basé sur un Islam shiite et aryaniste, et les intellectuels perses «opposants» à ce régime eux-mêmes aussi, qui parlent sans cesse de démocratie et des Droits de l’Homme soutiennent activement cette politique de discrimination. Par exemple, en tant qu’«intellectuelle et avocate perse», Madame Shirin Ibadi, lauréate du Prix Nobel de la paix, ne s’est jamais élevée jusqu’à présent contre l’apartheid et *LE culturocide perses en Iran.

En outre, les Perses sont-ils vraiment la majorité en Iran comme ils le prétendent? Nous savons bien que, depuis 1925 il n’y pas eu de statistiques ethniques en Iran, seulement religieuses. Mais en 1950, le gouvernement du colonel Razmara effectua une statistique officielle sur base ethnique révélant que 40% des habitants de l’Iran étaient des Turcs et que les autres étaient des Perses, Louris, Kurdes, Beloutches, Arabes, etc. Or, depuis cette date, en Iran, il n’y eut jamais de statistiques ethniques!
Comment le régime perse, qui a absorbé les peuples non perses, -notamment plus de 30 millions de personnes de l’Azerbaïdjan du Sud-, peut-il mentir - suivi par les Occidentaux mal informés, au point d’appeler le peuple turc d’Azerbaïdjan du Sud «minorité» ?
Les peuples non perses d’Iran, et particulièrement les Turcs d’Azerbaïdjanais du Sud, se sont révoltés plusieurs fois contre cette discrimination, inaugurée en 1925 par le régime de perse qui dure encore. Ils avaient établi leur propre Gouvernement National en 1944-1945, dont la langue turque était la langue officielle, qui ne dura qu’un an, et fut réprimé dans un bain de sang, par le régime de Mohammed Riza Pehlevi avec l’aide des Etats-Unis au prix de 25.000 morts et 35.000 exils et en brûlant les livres turcs sur les places publiques (spécialement les livres d’école). Depuis, les Azerbaïdjanais du Sud, considèrent leur pays comme un territoire occupé par les Perses.

Après la révolution de 1979, dont les Azerbaïdjanais étaient les pionniers, ceux-ci réclamèrent leur droit naturel à étudier dans leur langue maternelle, ce qui leur fut refusé sans appel. Mais le mouvement de réclamation pour la langue maternelle ne s’est jamais arrêté. A chaque occasion, les Azerbaïdjanais du Sud faisaient valoir leur droit à leur langue.

En 1980-81, les Azerbaïdjanais du Sud, révoltés par cette politique d’apartheid, réclamèrent à nouveau leur droit à étudier dans leur langue maternelle. Ce mouvement fut réprimé avec férocité.
Mais après l’indépendance de l’Azerbaïdjan du Nord en 1991, le mouvement du Sud s’est affermi, répandu, prenant une immense ampleur (l’Azerbaïdjan fut coupé en deux en 1828. La capitale du Nord est Bakou, du Sud est Tabriz).

Les 22 et 23 Mai 2006, le quotidien officiel d’Etat appelé «Iran», a injurié les Turcs de façon honteuse en les appelant des «cafards». Dans ce journal, un supplément destiné aux enfants, présentait les Turcs comme des insectes sales et nuisibles, et un caricaturiste a même été récompensé grâce à la diaspora perse aux Etats-Unis par l’organisation internationale des caricaturistes dont le siège est aux Etats-Unis «pour son courage». Quelle honte ! En les insultant de la sorte, plus encore, ses dessins entraînaient les petits Iraniens perses à considérer les Turcs comme des bestioles répugnantes à exterminer.

Alors se dressèrent d’immenses manifestations populaires contre ce journal d’Etat en Azerbaïdjan du Sud et à Téhéran, où vivent cinq millions de Turcs selon les estimations de l’Etat.
Le 22 Mai, il ne s’agissait que de manifestations pacifiques, mais le 23 à Tabriz (la capitale), Urmu et à Khyav, le couvre-feu fut imposé, la police spéciale des «gardiens de la Révolution» se lança à la poursuite des manifestants : cette répression se solda par une dizaine de morts, une centaines de blessés, et des centaines d’arrestations.

Depuis, l’Azerbaïdjan du Sud est devenu une véritable caserne, remplie de forces spéciales : les «pastaran», et en souvenir de cet évènement, chaque année, le 22 Mai, les Azerbaïdjanais, activistes et intellectuels suivis par des foules de simples citoyens, défilent pacifiquement pour commémorer les évènements de 2006.
Et chaque mois d’avril débute une grande vague d’arrestations destinées à empêcher ces manifestations de mémoire dont les premières victimes sont les intellectuels, journalistes et écrivains comme Akbar Azad, maître de la langue et de la littérature azerbaïdjanaise qui s’est fait arrêter en 2010 pour la sixième fois, et Said Matinpour, journaliste, condamné à 8 ans de prison, ainsi que des dizaines d’écrivains, poètes, journalistes et activistes -souvent avec leur famille- pour avoir commis le crime de défendre leur langue, d’écrire dans leur langue maternelle.

Où s’est donc enfui le respect de la parole, transmis par les Sumériens, première civilisation du monde, pour lesquels la parole était sacrée et divine ?
Dans un pays où toutes les langues non persanes sont interdites, on torture, on enprisonne ceux qui écrivent dans leur langue maternelle, et qui n’ont même pas droit de commémorer la Journée Internationale de la Langue Maternelle. Quant aux pays Occidentaux ils ne se sont jamais élevés contre ce culturocide et la persécution des langues maternelles non persanes en Iran.

Amis de tous pays, qui avez des yeux pour voir, sachez que les Azerbaïdjanais du Sud et tous les peuples non perses en Iran, souffrent depuis longtemps non seulement dans leur corps, mais surtout dans leur langue qui a toujours été le premier symbole de l’identité d’un peuple.

Sachez bien qu’«une culture de paix ne peut se construire que dans un espace où tout le monde a le droit d’utiliser sa langue maternelle pleinement et librement dans toutes les différentes circonstances de la vie, et nous savons tous que les langues constituent les instrument les plus puissants pour préserver et développer notre patrimoine matériel et spirituel».

Que vive toujours la langue de nos ancêtres qui nous ont transmis leurs valeurs et leur pensée!


Un groupe Azerbaïdjanais du Sud exilés en Allemagne et en France

14 Ocak 2011 Cuma

Telnaz Nemeti Zənganlı xanımın qoşuqlari

Telnaz Nemeti Zənganlı


« Enfance Mon Amour » (Non, Maitre !)

I
Quand nous étions enfants,
Nous dessinions une maison
Avec deux fenêtres
Mais sans barreaux.

Puis, nous dessinions une volute de fumée
D’où sortent les inquiétudes de la maison
Puis, nous dessinions un ciel
Dans ce ciel, un soleil

Puis, nous dessinions un jardin
Avec une fleur dedans
Qui est le peintre?

Bien sûr, un petit enfant,
Mais maintenant
Les maisons n’ont plus leur place dans les papiers.
Mȇme le plus grand peintre
N’arrivera jamais à les dessiner.

II

Encore, dans mon enfance, je voulais toucher
(Sentir aussi) toutes les choses
Ma mère disait : « Non, non tu vas te brûler ! »
Et je m’asseyais.

Je voulais courir, jouer,
On m’a dit : « Il y a un mauvais esprit qui arrive ! »
J’ai tâtonné
« Ne me reprochez pas, alors,
Maintenant, je vis avec la peur…… 

III

Un jour, nous gravîmes une grande montagne, avec un ami,
Pour nous amuser ,
Mon ami a regardé en bas et m’a dit : « Regarde en bas ! »
Les humains, les hommes sont grands s’ils sont proches.
Si tu les regardes d’en haut, ils sont tout petits
Mais pourquoi ?

IV

J’aime
J’aime Satan !
« Un acte de Satan que j’aime :
Il a juré une fois en disant : « O Dieu ! j’écarterai de ton chemin
Ce créatures que tu appelles « hommes »
Je les écarterai du « bon chemin »
Je les manipulerai !
Et depuis de jour, Satan a tenu sa parole
Mais nous, les êtres humains…


V

« Dieu est mort »
Et les humains répandent sur leurs têtes des pluies de bombes
Les uns sur les autres
Pour se protéger, ils se réfugient dans des pilules d’extase,

« Dieu est mort »
Les cœurs, les langues, les yeux sans Dieu
S’écoeurent en marchant sans but

O mes jours sans Dieu !
Je ne trouve pas le chemin de la respiration
Pour vivre ce moment-là
O mes jours sans Dieu !


VI

Si seulement
Tu m’avais révélé ce qu’était la vie
Avant de me créer
N’oublie pas ! O Dieu mort
Tu m’as créée arbitrairement

Voilà, suis-je enfin une femme ?... Emprisonnée…

İzleyiciler